01 mars 2009

L’exploitation intensive des cours d’eau en Suisse entraîne leur détérioration croissante. En effet, l’insuffisance de leur diversité, le changement de leur débit d’écoulement et la fragmentation de leur cours par des obs- tacles portent préjudice à la faune et à la flore aquatiques. C’est pourquoi il est urgent de procéder à la revitalisation de nos rivières. Celles-ci assurent en effet une protection contre les crues, contribuent à offrir des zones de détente et ont des répercussions positives sur la biodiversité.

La Thur à Schäffäuli avant (gauche) et après (droite) la revitalisation. Photos: C. Herrmann, BHAteam, Frauenfeld

Les cours d’eau constituent dans le monde entier les écosystèmes les plus exploités et les plus abî- més par l’Homme. Ils ne sont pas épargnés non plus en Suisse, même si leur degré d’utilisation varie sensiblement d’une région à l’autre: dans le Mittelland par exemple, ce sont principalement les agglomérations, les voies de communication et les exploitations agricoles qui s’avèrent le plus néfastes pour les rivières et ruisseaux, tandis que dans les Alpes, c’est plutôt la forte exploitation des ressources hydroélectriques assurant l’approvisionnement énergétique qui leur est préjudiciable.

Un obstacle tous les 750 mètres

La fragmentation des cours d’eau, à savoir leur segmentation en petits tronçons par des constructions jouant le rôle de barrières, est extrêmement élevée en Suisse. Dans le monde, peu de pays présentent un degré de fragmentation aussi élevé. Huitante-huit mille obstacles artificiels de plus de 50 centimètres entravent le réseau de nos cours d’eau et leur fonction écologique. Leur zone franchissable moyenne mesure encore tout juste 750 mètres de long. Dans le cas de quelques rivières, la situation est encore plus préoccupante: un recensement de tous les obstacles entravant le cours de la Töss a révélé qu’un tronçon d’environ 60 kilomètres de long comptait jusqu’à 568 obstacles artificiels, contre seulement à peine 35 barrières naturelles. La zone franchissable sur la Töss mesure donc en moyenne une centaine de mètres de long. Ce sont surtout les poissons, notamment de petite taille, comme les chabots, ou les invertébrés, qui en pâtissent.

Un besoin élevé en revitalisation

Outre la fragmentation croissante des cours d’eau, l’exploitation intensive des ressources hydroélectriques et la modification du régime d’écoulement provoquée se révèlent également problématiques. La moitié des cours d’eau dont le niveau est inférieur à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer et 85% des cours d’eau situés dans les agglomérations - soit la majeure partie des cours d’eau en Suisse - présentent une diversité insuffisante. Pourtant, plus la diversité d’un cours d’eau et de son environnement est élevée, plus il a de la valeur en tant qu’habitat pour les oiseaux, les animaux et les plantes.

Agrandir l’écosystème, réduire les crues

Les revitalisations visent à restaurer progressivement l’état naturel des cours d’eau. Chaque projet prend en compte les questions liées à la protection contre les crues et «libère» en quelque sorte les cours d’eau: le fait de leur redonner davantage d’espace et de leur restituer leur dynamique natu- relle permet de lutter plus efficacement contre les crues. Un cours d’eau revitalisé offre en outre des zones de détente et restaure une diversité des habitats pour la faune et la flore. De plus, le transport des sédiments est assuré et un contact minimal avec les berges est rendu possible. Dans les territoires exploités de manière extensive, le besoin d’espace doit être calculé de façon plus large que dans les régions très fortement sollicitées.

Les revitalisations réussies ont en outre un impact positif sur la biodiversité. En règle générale, les organismes vivants ne réagissent pas immédiatement à une revitalisation. Une bonne circulation des eaux accélère toutefois le processus de rétablissement des conditions naturelles.