La peau est au cœur d'un grand projet intitulé SKINTEGRITY, pour lequel l'ETH Zurich collabore avec l'université de Zurich et des cliniques universitaires. En tant que biologiste cellulaire, la co-directrice du projet, Sabine Werner, étudie avec des ingénieurs les mécanismes moléculaires de la cicatrisation et leurs parallèles avec la cancérogénèse.

Sabine Werner, professeure à l'ETH Zurich, dirige le grand projet SKINTEGRITY. (Photos: Kellenberger Kaminski Photographie)

«Voilà 18 ans que je travaille à l'ETH Zurich et cela m'a plu dès le premier jour», explique Sabine Werner. «Mais avec SKINTEGRITY, la recherche a bénéficié d'un nouveau souffle décisif.» Cette professeure à l'ETH Zurich dirige le projet phare du programme Hochschulmedizin Zürich composé de 26 groupes d'étude, qui examine les causes des maladies cutanées et des troubles de la cicatrisation afin de mettre au point de nouvelles méthodes et thérapies de diagnostic. Le co-directeur est Lars French, professeur et directeur de la clinique dermatologique de l'hôpital universitaire de Zurich.

Ce programme de recherche est une bottom-up-initiative de Sabine Werner et de son collègue Edoardo Mazza, professeur de mécanique à l'ETH Zurich, qui est accompagnée et largement soutenue par le vice-président de l'ETH Zurich, Detlef Günther. Selon l'initiatrice du projet, on a immédiatement ressenti un grand enthousiasme et une alchimie entre les participants dès le premier atelier.  Pourtant, beaucoup de scientifiques n'avaient encore jamais travaillé ensemble. «Je n'avais pas conscience de l'immense intérêt que suscite la peau, ni de la vaste expertise dont nous disposons à Zurich dans ce domaine», se félicite Sabine Werner.

Prof. Sabine Werner (Photo: Kellenberger Kaminski Photographie)

Depuis le lancement de SKINTEGRITY en octobre 2016, de nombreux projets interdisciplinaires ont été entrepris, qui avaient pourtant très peu de chances de voir le jour. Ainsi, des chercheurs de l'hôpital pédiatrique de Zurich qui ont mis au point, ces dernières années, une peau artificielle pour les greffes, collaborent avec des ingénieurs de l'ETH Zurich afin de construire une machine capable de fabriquer automatiquement cette peau de «rechange». Cette participation de l'ingénierie de l'ETH Zurich à SKINTEGRITY rend ce projet collectif unique en son genre. «C'est à la fois notre force et une composante innovante», explique Sabine Werner.

Favoriser la cicatrisation

Dans l'un des projets de SKINTEGRITY, la biologiste cellulaire étudie avec l'ingénieur Edoardo Mazza comment les forces mécaniques influencent la cicatrisation. Des observations menées sur des patients ont montré que les plaies cicatrisent moins bien lorsqu'elles sont soumises à un stress mécanique. Mais il semble aussi que certaines forces mécaniques soient nécessaires pour maintenir la cicatrisation. Avec leurs caractérisations mécaniques et de biologie cellulaire, les chercheurs veulent identifier les forces qui favorisent la cicatrisation et espèrent pouvoir appliquer leurs découvertes dans de futures thérapies.

Les processus de régénération des tissus sont le domaine de spécialité de Sabine Werner. Son groupe de recherche a découvert toute une série de facteurs de croissance libérés après une blessure cutanée. L'équipe a pu montrer comment ces facteurs interagissent entre eux, coordonnant ainsi les cellules lors de la cicatrisation. A cet égard, des parallèles peuvent être établis avec la cancérogénèse. «La cancer profite des mécanismes de cicatrisation pour alimenter sa propre croissance», explique l'experte. Avec des chercheurs de l'hôpital universitaire de Zurich, elle étudie les similitudes et les différences des divers types de cellules lors de la cicatrisation et la cancérogénèse. Pour ses recherches, elle dispose d'échantillons de tissus provenant d'une biobanque créée dans le cadre de SKINTEGRITY. «De la matière que nous ne pourrions jamais obtenir autrement», déclare la professeure de l'ETH Zurich, en soulignant que ceci s'est fait bien entendu avec le consentement des patients et l'autorisation des commissions d'éthique.

Comme financement de départ, SKINTEGRITY a obtenu 500 000 CHF de l'ETH Zurich (avec la ETH Zürich Foundation) et le même montant de l'université de Zurich. Entre-temps, diverses fondations soutiennent des projets du programme de recherche. Et l'industrie s'intéresse elle aussi à la recherche cutanée zurichoise. Une première collaboration a déjà commencé avec une entreprise de biotechnologie. D'autres entreprises sont également intéressées en Suisse et même aux Etats-Unis. Sabine Werner se réjouit tout particulièrement des candidatures de doctorants et de postdoctorants qui lui parviennent du monde entier pour collaborer au projet SKINTEGRITY. Grâce au regroupement de la biologie, de l'ingénierie et des cliniques, les jeunes chercheurs peuvent être formés à l'intersection des différentes disciplines. «Ce sont nos scientifiques de demain», se félicite Sabine Werner.