Conseil des EPF, 27 avril 2012

En 2011, le nombre d’étudiants à l’ETH Zurich et à l’EPFL a augmenté de 6,3% pour totaliser 25 629 personnes. Les nouvelles immatriculations ont progressé de 6,9% dans les domaines MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique). Tant l’ETH Zurich et l’EPFL que les quatre établissements de recherche PSI, WSL, Empa et Eawag renforcent le transfert de savoir et de technologie (TST). Les organisations économiques Swissmem et scienceindustries saluent cette évolution, ainsi que la progression de l’effectif estudiantin. De plus, elles lancent un appel pour que le Domaine des EPF conserve une position internationale de pointe et demandent à la Confédération qu’elle intensifie ses investissements.

En 2011, les immatriculations de nouveaux étudiants ont augmenté dans les deux écoles polytechniques: +4,8% dans les sciences de l’ingénieur, +5,4% dans les technologies de l’information et de la communication et +14,7% dans les sciences naturelles exactes. La proportion de femmes a une nouvelle fois légèrement progressé dans les filières de bachelor pour s’établir à 29,4%. En 2011, les moyens mis directement à disposition par la Confédération («fonds primaires») ont enregistré une hausse de 3,6% par rapport à l’exercice précédent, à 2,207 milliards de francs. Les fonds acquis sur concours destinés à des projets («fonds secondaires») ont augmenté quant à eux de 9,0%, à 445,2 millions de francs.

Garantir la qualité de la formation reste un défi de taille pour l’ETH Zurich et l’EPFL: le taux d’encadrement, auquel s’intéressent les classements internationaux, s’est encore détérioré en 2011 (pour passer de 1:33,2 en 2002 à 1:35,8 aujourd’hui), alors que le Domaine des EPF a employé 30 professeur(e)s de plus qu’en 2010 (749 au total). Lors de la conférence de presse annuelle du Conseil des EPF, le président Fritz Schiesser a déclaré: «La hausse du nombre d’étudiants dans les domaines MINT permet d’exaucer le souhait exprimé depuis de longues années par l’économie et la société, d’autant que les filières proposées par l’ETH Zurich et l’EPFL sont évaluées et adaptées en continu, en fonction de leurs performances et de leur orientation sur la pratique.» La Suisse profite des activités déployées par les deux écoles polytechniques et les quatre établissements de recherche du Domaine des EPF. La preuve en est la participation à 83 des 246 projets approuvés par la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) dans le cadre des mesures contre le franc fort. Concernant la recherche énergétique, dans laquelle le Domaine des EPF a investi quelque 190 millions de francs en 2011 (sans les coûts indirects), plusieurs projets de recherche prometteurs sont en cours, p. ex. pour l’utilisation de la biomasse, pour des innovations liées au fonctionnement et à la fabrication de cellules photovoltaïques, en matière de géothermie ou encore d’efficience énergétique des bâtiments (à l’instar de la nouvelle plateforme NEST, mise sur pied à l’Empa). L’enseignement reste la priorité du Conseil des EPF. Dans la perspective du maintien de la compétitivité internationale de la Suisse, le Domaine des EPF investit aussi dans des grands projets de recherche et d’infrastructure, comme le calcul à haute performance, qui est une entreprise de longue haleine. Le Conseil des EPF salue dès lors la proposition de la commission compétente du Conseil des Etats (CSEC) d’augmenter la contribution de la Confédération de manière continue pendant la période 2013–2016: «La Suisse détient d’excellents atouts en termes de formation, de recherche et d’innovation (FRI), mais des pays comme l’Allemagne et la Chine sont en train de la rattraper. Le Domaine des EPF doit pouvoir investir afin de contribuer de manière plus efficace encore à l’innovation en Suisse», poursuit M. Schiesser.
 

Former, utiliser les infrastructures, valoriser les découvertes

Pour Adrienne Corboud Fumagalli, vice-présidente pour l’innovation et la valorisation à l’EPFL, le Domaine des EPF encourage l’innovation à plusieurs niveaux: l’engagement va de la formation aux infrastructures utilisées conjointement avec l’industrie, comme au Binnig and Rohrer Nanotechnology Center d’IBM et de l’ETH Zurich à Rüschlikon (ZH), en passant par la vente de licences et l’offre de services et d’expertises. «Un campus ouvert et des moyens de financement pour surmonter les passages à vide éventuels durant le processus d’innovation sont indispensables à une collaboration fructueuse», ajoute Mme Corboud Fumagalli. Les «Innogrants» (bourses d’encouragement pour des initiatives entrepreneuriales) sont un exemple de pont de financement dont a bénéficié le fondateur d’Aleva Neurotherapeutics en 2008. Plus récemment, cette entreprise, qui emploie aujourd’hui 8 personnes au Parc scientifique de l’EPFL, a réussi à lever 9,5 millions d’euros de capital-risque. Pour illustrer les liens étroits entre le Domaine des EPF et l’économie au travers du TST, voici quelques chiffres: en 2011, l’ETH Zurich a passé environ 700 contrats de recherche, dont 219 avec des PME suisses, pour un volume de financement de près de 150 millions de francs. L’EPFL a pour sa part signé 122 contrats dans le cadre de coopérations scientifiques et industrielles, ce qui lui a permis en 2011 de faire progresser de 16% le volume de fonds issus directement de l’industrie. Pour Mme Corboud Fumagalli, le Quartier de l’Innovation de l’EPFL est le campus ouvert par excellence: depuis fin 2010, de grands groupes industriels y côtoient des start-up, et plus de mille emplois au total y ont été créés. A terme, le Quartier de l’Innovation pourra en accueillir près de 2000. Nombreux sont les étudiants de l’EPFL qui suivent un stage dans ces entreprises ou y décrochent leur premier emploi. «Un parc suisse d’innovation, tel que le prévoit la nouvelle Loi sur l’encouragement de la recherche et de l’innovation (LERI), doit tirer parti de ces structures prometteuses et impliquer les différentes régions de Suisse en les mettant en réseau», ajoute Mme Corboud Fumagalli.
 

L’industrie MEM veut des investissements dans la formation

Hans Hess, président de Swissmem, plaide en faveur d’une Suisse forte, qui assoit sa position en tant que pôle de recherche et d’innovation: en 2011, l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) a représenté plus du tiers des exportations suisses totales (soit 68,5 milliards de francs) et 9,2% du PIB en générant un chiffre d’affaires total de 89 milliards de francs. A l’occasion d’un sondage réalisé en 2011 auprès des membres de Swissmem, 65% des PME (jusqu’à 249 collaborateurs) et 78% des entreprises de plus grande taille ont déclaré souffrir d’une pénurie de spécialistes à tous les niveaux. Hans Hess estime dès lors qu’il faut renouveler la confiance dans le système de formation duel, tout en augmentant le nombre d’étudiants suisses dans les deux EPF: «Trop peu de jeunes optent pour des études d’ingénieur.» A propos du transfert de savoir depuis les hautes écoles vers les entreprises, M. Hess est d’avis que des efforts doivent être faits des deux côtés: «Pour les grands groupes, il est très facile d’accéder au TST. Les entreprises de taille moyenne ont d’excellentes possibilités, mais ne les exploitent pas assez. Quant aux PME, elles doivent rechercher plus activement le contact avec les hautes écoles spécialisées, qui seraient pour elles des partenaires intéressants», poursuit-il. Globalement, le président de Swissmem demande une augmentation progressive des investissements à long terme dans la formation, la recherche et l’innovation. Il préconise en outre d’améliorer la coordination des instruments de TST pour en accroître l’efficacité.
 

L’industrie chimique et pharmaceutique exige une hausse de 6% des moyens FRI

L’industrie chimique et pharmaceutique suisse (scienceindustries) relève que le pouvoir d’innovation est la condition sine qua non pour remporter les succès escomptés dans la fabrication et la commercialisation de produits à forte valeur ajoutée, tels que les produits pharmaceutiques et diagnostiques, les vitamines et compléments alimentaires, les produits phytosanitaires ainsi que le traitement de haute qualité des matériaux. Les entreprises membres de scienceindustries emploient plus de 70 000 collaborateurs directement en Suisse, dont quelque 12 000 chercheurs. Michael F. Plüss, vice-président de scienceindustries, souligne que ses membres financent 44% du total des dépenses privées en matière de recherche en Suisse et que, dans le même temps, elles doivent pouvoir compter sur une formation et une recherche fondamentale d’excellente qualité, financées par des fonds publics. En effet, lorsqu’il fonctionne au sein de tout un réseau constitué de chercheurs issus à la fois du secteur public et du secteur privé, le transfert de savoir et de technologie favorise le regroupement de talents (effet cluster). «Dans la recherche, il arrive que le postulat ˂People follow jobs˃ s’inverse et devienne ˂Jobs follow people˃», explique Michael Plüss. Les meilleurs scientifiques recherchent en effet le contact avec leurs homologues, où qu’ils soient. Et M. Plüss de conclure avec fermeté: «Nous n’avons pas le droit de renoncer à la position de pointe mondiale qu’occupe le secteur scientifique suisse ni de négliger notre statut de pôle de recherche et l’innovation. Par conséquent, nous avons besoin d’obtenir l’assurance que les moyens FRI connaîtront une hausse annuelle de 6% au moins.»